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3- Consensus sur la réforme des retraites

 

Dans les transports, la privatisation est partielle. Les Etats scandinaves coordonnent toujours la gestion des réseaux ferrés, routiers ou encore maritimes, mais sous-traitent, en partie, leur exploitation à des partenaires privés. C'est ainsi que des gares, des trains, des lignes de métro, des ferrys ou encore des lignes ferroviaires sont aujourd'hui entièrement gérés par des entreprises de services.

 

Parmi elles, les groupes français Connex, filiale de Veolia Environnement, et Keolis. Mais aussi Ikea, propriétaire, depuis 2002, de sa propre société de fret en Suède. Certaines administrations vont même très loin, raconte le journaliste Magnus Falkehed: c'est ainsi qu'à Stockholm l'équivalent de notre RATP a décidé de mettre ses propres filiales en concurrence avec le privé... «pour gagner en efficacité». On aura tout

 

Dernier volet de ces réformes modèles, et non des moindres: l'optimisation des politiques sociales. En Finlande et en Suède, la réforme des retraites devient une priorité nationale dès le milieu des années 1990. Dans ces deux pays, la solution diffère mais aboutira, dans le consensus quasi général, à une privatisation partielle du régime - désormais, une partie des cotisations est investie sur les marchés boursiers. A la même période, les dépenses de santé dérapent. Les élus scandinaves, conscients de toucher là l'épine dorsale de leur fameux modèle social, annoncent pourtant très vite la couleur: les patients devront payer de leur poche une part de la facture pharmaceutique, hospitalière et médicale, soit de 150 à 300 € par an selon les pays. La mesure ne permettra certes pas de palier le sous-effectif chronique de personnel médical - il faut toujours compter entre deux et six mois d'attente avant de décrocher un rendez-vous avec un spécialiste.

Elle aura en tout cas permis une chose: éviter la faillite du système! «Les Nordiques n'auraient pas idée de bloquer une réforme jugée indispensable, observe Jean-Jacques Subrenat, ambassadeur de France en Finlande. Les gens n'attendent pas tout de leur Etat, ils sont même prêts à lui donner beaucoup tant que leur argent est bien utilisé...» Il faut remarquer que ledit Etat le leur rend bien.

Dès les années 1980, les fonctionnaires sont, eux aussi, priés de s'adapter: salaires au mérite, entretiens d'évaluation, formation continue renforcée, contrats temporaires. En quelques années, la fonction publique scandinave, réputée pourtant pour être l'une des plus sclérosées au monde, se calque sur le modèle du privé. Dans les administrations, la priorité est donnée au «client»: toutes les informations utiles doivent être disponibles sur Internet; le temps d'attente au téléphone est limité au minimum. La qualité des services publics est évaluée chaque année, mais aussi celle de ses agents. Toute entorse au principe de qualité peut être sanctionné... par un licenciement.

 

On le sait, le monde merveilleux du «libéralisme social-démocrate» a aussi ses effets secondaires. La déréglementation du marché de l'énergie n'est pas sans bug: non seulement les baisses de prix escomptées ne se sont pas manifestées, mais aussi la multiplication des opérateurs complique sérieusement le choix et la vie des usagers. Sans compter les craintes de dysfonctionnements liées à la complexité du système. Dans des pays où la chaleur et la lumière sont deux denrées vitales plus de six mois sur douze, l'enjeu est crucial...

De même, l'ouverture des transports publics au privé inquiète les usagers: qui prendra en charge les frais d'entretien des voies et des routes les moins rentables? Qui paiera les investissements nécessaires à la modernisation des réseaux? Le risque de voir les banques se saisir du problème le temps venu fait redouter le pire... «Mais la force de notre modèle est de savoir évoluer en permanence», assure l'économiste suédois Joakim Palme. Au ministère de la Réforme de l'Etat, à Paris, le secrétaire d'Etat Eric Woerth opine, visiblement envieux.

En un siècle de croissance et de crises, les froids pays du Nord ont su prouver leur solidité. Mieux: ils sont les seuls à faire rimer compétitivité économique et protection sociale. Leur modèle peut-il s'exporter en France? En l'espace de trois ans, pas moins de neuf ministres ont scruté l'expérience scandinave. Parmi eux Jean-Pierre Raffarin, Claudie Haigneré (Recherche), Michèle Alliot-Marie (Défense), Nicole Ameline (Parité et Egalité professionnelle) ou encore François Fillon (Education). Et le rythme des visites s'accélère.

Le 11 novembre prochain, Eric Woerth sera en Suède pour s'inspirer des dernières innovations de son administration électronique. Un mois plus tôt, Gérard Larcher, ministre délégué aux Relations du Travail, partait pour Copenhague en émissaire pour le ministère de l'Emploi. Leur objectif: observer le suivi des chômeurs danois. La suite dira ce qu'ils ont retenu du voyage.



 
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